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SEMINAIRE "SORTIR" avec le REEB à RENNES

20 août
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 août

Apprendre dehors, une approche sensible et immersive séduisante


A l'écocentre de la Taupinais à Rennes, une centaine de participants inscrits découvrira ce beau lieu situé aux portes de Rennes. Autour de la ferme ancienne aux pierres violettes dédiée à la vie dans cet habitat à la campagne, on y trouve un jardin pédagogique, le bocage, des bois, à proximité une prairie et une zone humide, un cadre idéal pour réfléchir sur le concept de faire "classe dehors".

Les expériences de nature se produisent à travers une diversité de situations déclencheuses de curiosité, d'intérêt voire de passion. Cela a été mon cas à travers quelques expériences fondatrices qui touchent précisement au corps, aux émotions, aux sens et en lien avec les traditions ancestrales qui nous ont précèdées. Je reconnais avoir eu de la chance d'avoir pu faire ces expériences qui me permettent de vivre de ma passion.

A mon tour, je vais partager mon expérience, mes réflexions et guider une initiation de bain de forêt le 28 aout prochain.


Des souvenirs impérissables sources d'engagement


#LaVie...#laMort


Mes premiers souvenirs d'enfant se situent vers 3 ans. Engoncée dans des couches de vêtements, j'allais dans les bois cueillir des champignons avec ma nourrice ou visiter leurs amis dans des fermes d'Ille et Vilaine. La première rencontre avec des dindons était mémorable et terrifiante, je n'ai jamais eu autant peur de voir leurs grandes plumes s'ouvrir en roue soudainement, leur tête hideuse nue bleue et verruqueuse, les joues rouges tombantes, "couloulant" très fort avec un air hautain pour impressionner, c'était réussi.

J'ai gardé entre autre le souvenir de l'odeur puissamment âcre qui monte au cerveau... d'un renard décédé, la tête en bas dans un seau, pendu par les pattes, qui faisandait dans la cave de l'immeuble pour se faire empailler.



#Douceurvégétale...#forceanimale


Au même âge, j'allais au potager familial aux beaux jours à St Hernin, non pas pour semer mais pour cueillir des haricots, oignons, fraises que j'identifiais bien. J'aidais à nourrir les animaux, chercher les oeufs tous chauds. Mon grand père paternel était forgeron - maréchal ferrand, jardinier et tenait aussi le café épicerie au bas du bourg avec ma grand mère Marie. Les propriétaires de chevaux de trait s'arrêtaient à la maison pour se refaire les "ongles. Les animaux attendaient longe accrochée aux anneaux scellés sur la facade. Albert Milbeau, un mètre 55, faisait rentrer l'animal dans un "travail" pour lui éviter de trop bouger pendant le "soin" ; cette explication m'a été donnée bien après le soin. L'animal et les hommes sont très grands dans mon souvenir. Ce qui me reste en mémoire sont les gestes et les outils utilisés pour nettoyer le sabot crotté, usé, la pince pour enlever les clous, en me disant que le cheval allait passer un sale quart d'heure et que si on le mettait en cage, c'était surement qi'il subissait une véritable torture. Les sons et odeurs accompagnent tous les gestes de Pépé. Venait le grattage de la corne au burin et la lame. Je pensais que l'animal souffrait. Du foyer à l'enclume, les fers rouges étaient travaillés puis trempés dans l'eau qui bouillait. Ils étaient travaillés et aplatis au marteau qui cogne et cogne en chantant. Une fois les fers aux bonnes dimensions du sabot lavé et décorné, encore chauds, muni d'une pince, mon aïeul posait le métal brûlant sur la corne. Elle fumait pour dégager cette odeur caractéristique de brûlé laissant l'air épais brouillé en beige. Enfin les clous enfoncés , le pied du cheval est délié et posé à terre. Mon grand père se relevait le front en sueur, soufflait, et repartait au feu pour l'autre sabot.




Au pied de la tour-cage où j'habitais à Rennes, je me faisais des films avec mon copain de jeu dans les herbes hautes que j'imaginais être la savane , et oui, les tiges m'arrivaient à la taille. Je devais faire un mètre. Le temps me semble encore long quand je me souviens de ces moments épiques où l'on fuyait les animaux sauvages imaginaires dangereux. Je me souviens jusque dans mon corps que j'étais profondément libre et vivante, heureuse de courir , de "jouer" comme je voulais, dans le soleil couchant qui réchauffait mon corps, avec la conscience & la joie de créer librement en jouant mon histoire dehors ...à deux pas de la prison des Hommes.


#Dedans ...#dehors


Souvenir d'hiver par une soirée fraîche et pluvieuse, je montais avec ma cousine le bourg de St Hernin à vide, puis le descendions avec la responsabilité de ne pas faire tomber le pot de lait tiède que nous voyions quelques minutes avant sortir du pis des vaches. Elles étaient cinq au plus dans l'étable en bois noirci. L'odeur du fumier mélangé à celle de l'urine et du lait tout frais "parfumait" chaque centimètre carré. Cette chaude étable de vingt mètres carrés m'étonnait à mon jeune âge : qu'importe l'endroit où j'étais à observer la fermière au travail, peu importe la direction où je respirais dans cette cabane, je ne parvenais pas à trouver une odeur neutre qui ne me piquait pas le nez. On ne le savait pas, mais on respirait de très bonnes bactéries pour nos cerveaux en construction.


Enfance sensationnelle dans des paysages vivants...


Tous ces souvenirs et rites saisonniers de mon enfance marquent des alternances temporelles et sensitives. Ces souvenirs laissent des empreintes dans nos cellules, comme dans notre ADN. Les études en psychogénéalogie et épigénétiques démontrent bien la trace des souvenirs agréables qui nous donnent confiance dans la vie, comme les traumatismes vécus y compris ceux de nos aïeux sur plusieurs générations.


Passée par la ville, alternant avec la campagne ou au bord de l'océan, les "traces sensationnelles" au sens éthymologique du mot sont persistantes. Je m'en souviens bien, des souvenirs reapparaissent de tems en temps. J'ai appris à me connaître physiquement, découvrir mes limites, tester mon endurance à pratiquer du vélo, la marche, développé cette aptitude à observer la Nature, aimait la rêverie quand on roulait 2 h vers le finistère, avec peu d'ennui parce que j'avais des copines pour aller aux jeux extérieurs dans chaque coin de la résidence et l'énergie qui va avec.


Sensations corporelles visuelles, auditives, kinestésiques, olfactives, gustatives, le 6ème sens l'intuition, enfin la thermoception, l'intéroception, la nociception , la proprioception, toutes vivifiantes, elles nous permettent de nous réinitialiser juste :

  • en voyant la Nature ou un paysage, regarder un insecte, observer une fourmi, scruter une buse,

  • en écoutant la Nature, devant soi, derrière soi, près ou loin sur les côtés,

  • en la ressentant nos pieds posés sur la roche, la terre sèche, dans la boue ou la poussière, pressant une argile molle et douce dans les mains,

  • au contact de l'eau fraiche, froide, la ressentant aussi sous sa forme gazeuse, neigeuse, glacée, brumeuse ou tempêtueuse,

  • en goûtant la Nature, la buvant, la mangeant, la vomissant, l'expulsant de mon corps,

  • le corps détendu, étourdi, contracté, malade, lourd, fatigué, douloureux...


Nous sommes des êtres vivants ; pour nous épanouir et construire nos vies, nous avons des besoins de base à satisfaire, et suivons un processus de transformation intérieur permanent jusqu'à notre mort. Aucune échappatoire.

Humain je suis, humus je deviendrai.


Aller à sa propre rencontre en Nature devrait être obligatoire dès l'enfance pour se connaitre, pouvoir se déposer au calme, se vider la tête, se recueillir en cas de chagrin, enfin se restaurer pour se métamorphoser.


Au pays des émotions


Enfant, je ne fais pas dans le détail et ressens les évènements de la vie sociale de façon brute. J'ai conscience que mon corps est vivant, qu'il grandit, change et se transforme immuablement. Qu'il vit et qu'il va un jour mourrir. Je sais que je suis une enfant ; pas du tout concernée puisque ce sont les plus vieux qui partent.


A St Hernin, on va souvent saluer nos morts au cimetière. C'est un très beau jardin. Plein de photos de mémés avec leur coiffes. Je suis très touchée par les tombes des enfants. Je réalise qu'on peut mourir et plus jeune que moi... A la toussaint, il pouvait faire moche et froid, mais les fleurs de chrysanthèmes illuminaient le jardin de granit. J'ai fait connaissance avec la mort très tôt en perdant des proches, voisins ou les vieux clients du café, amis des grands parents. J'ai connu mon premier et terrible chagrin en perdant une chienne... On découvrait aussi des cadavres d'animaux dans la Nature. Là, je commence à ressentir des émotions. Nous sommes des êtres avec capteurs extérieurs et intérieurs intégrés qui nous permettent la légèreté d'être ou un danger à vivre une situation, à ressentir la tristesse d'un proche. Des éponges. Découverte de l'empathie. La découverte de la mort enfant ne me rend pas triste, je sens que la vie continue autrement. En mûrissant en société, j'apprends la tristesse et ces nuances.


Galilée avait dit en son temps que "la nature écrit en langage mathématiques"...


A l'école des bonnes soeurs, pas de spiritualité, on marche à la fermeté. Enfermée, bloquée et assise, au milieu d'enfants odorants, dans une salle fermée mal aérée, un programme indigeste à avaler, des méthodes illogiques sont données par une vieille fille acariâtre qui ne font aucun sens pour moi en mathématiques notamment. Pédagogie hors sol, je passe à côté d'apprentissages qui me rendent lente et hermétique à certaines fonctions que je possède pourtant, mais l'outil et les enseignants sont inefficaces. Quelle perte de temps, de découragement, de confiance à être mal notée, dénigrée, étiquetée, malgré ma bonne volonté dans ce système éducatif absurde. Si seulement j'avais eu école dehors...


La Nature est dotée d'outils géniaux pour intégrer des notions de base en francais, physique, maths... Plantes, arbres, sol, éléments, contiennent toutes les matières /matériaux/ propriétés clés pour comprendre notre monde en l'observant.


"Va prendre des leçons dans la Nature, c'est là qu'est notre futur" Léonard de Vinci


L'élaboration de notre vie future part de la prime enfance ; et il n'est jamais trop tard pour ceux qui ont vécu hors sol en ville. Avec l'attention bienveillante d'adultes responsabilisants, dans des cadres sécurisants comme une forêt ou un jardin pour apprendre le monde et le préserver, faire société avec le groupe d'enfants et d'enseignants, nous aurons des jeunes curieux, en santé et équilibrés à être dehors, confiants dans l'avenir et responsables.


Nous allons donner l'inspiration aux enseignants ou passeurs de Nature conquis par les apprentissages originaux dans cette interface pratique et ludique qu'est la Nature qui ne juge pas.

Regarder la Nature, tout en observant son monde intérieur, les émotions qui passent, ressentir son corps vivant, garder l'empreinte du moment présent longtemps dans ses cellules pour aider le nouvel humain à éclore et préserver notre beau monde.


Mon histoire est caractéristique de ce que Dominique Cottereau évoque quant à l'écoformation subjective : c'est bien dans mon enfance et dans la Nature que s'est noué le lien ténu qui me lie à jamais au vivant plus petit que moi et plus grand que moi, tellement plus puissant que moi "petit microbe".

Mon engagement tardif, après une reconversion à 34 ans, s'est mué en passion. Je mesure la chance que j'ai. Je remercie mes aieux pour cet héritage inestimable qui les honore.



 
 
 

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