COLLOQUE "SORTIR" REEB à RENNES
- il y a 4 jours
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Apprendre dehors, une approche sensible et immersive séduisante
A l'écocentre de la Taupinais à Rennes, une centaine de participants inscrits découvrira ce beau lieu situé aux portes de Rennes. Autour de la ferme ancienne aux pierres violettes dédiée à la découverte de la vie à la ferme et à la campagne, on y trouve un jardin pédagogique, le bocage et des bois, à proximité une prairie et une zone humide, un cadre idéal pour réfléchir sur le concept de faire "classe dehors".
Les expériences de nature se produisent à travers une diversité de situations déclencheuses de curiosité, d'intérêt voire de passion. Cela a été mon cas à travers quelques expériences fondatrices qui touchent précisement au corps, aux émotions, aux sens et en lien avec les traditions ancestrales qui nous précèdent. Je reconnais avoir eu de la chance.
A mon tour, je vais partager mon expérience, mes réflexions et guider une baignade en forêt le 28 aout prochain.
Des souvenirs impérissables sources d'engagement
#LaVie...#laMort
Mes premiers souvenirs d'enfant se situent vers 3 ans. Engoncée dans des couches de vêtements, j'allais dans les bois cueillir des champignons avec ma nourrice ou visiter leurs amis dans des fermes d'Ille et Vilaine. La rencontre initiale avec des dindons était mémorable et terrifiante, je n'ai jamais eu si peur de voir leurs grandes plumes s'ouvrir en roue soudainement, leur tête nue bleue et verruqueuse, les joues rouges tombantes, "couloulant" très fort pour impressionner, c'était réussi.
J'ai gardé entre autre le souvenir de l'odeur puissamment âcre qui monte au cerveau... d'un renard mort à la chasse, la tête en bas dans un seau, pendu par les pattes, qui faisandait dans la cave de l'immeuble pour se faire empailler.
#Douceurvégétale...#forceanimale
Au même âge, j'allais au potager familial aux beaux jours à St Hernin, non pas pour semer mais pour cueillir des haricots, oignons, fraises que j'identifiais bien. J'aidais à nourrir les animaux, chercher les oeufs tous chauds. Mon grand père paternel était forgeron - maréchal ferrand. Les propriétaires de chevaux de trait s'arrêtaient à la maison pour se refaire les "ongles. Les animaux attendaient longe accrochée aux anneaux scellés sur la facade. Albert Milbeau, un mètre 55, faisait rentrer l'animal dans un "travail" pour lui éviter de trop bouger pendant le "soin". L'animal et les hommes sont très grands dans mon souvenir. Ce qui me reste en mémoire sont les gestes et les outils utilisés pour nettoyer le sabot crotté, usé, la pince pour enlever les clous, en me disant que le cheval allait passer un sale quart d'heure et que si on le mettait en cage, c'était surement une véritable torture infligée. Les sons accompagnent tous ces gestes. Venait le grattage de la corne au burin et une lame. Du foyer à l'enclume, les fers rouges étaient travaillés puis trempés dans l'eau qui bouillait. Ils étaient travaillés et aplatis au marteau qui cogne et cogne en chantant. Une fois les fers aux bonnes dimensions du sabot lavé et décorné, encore chauds, muni d'une pince, mon aïeul posait le métal brûlant sur la corne. Elle fumait pour dégager cette odeur caractéristique de brûlé laissant l'air épais brouillé en beige. Enfin les clous enfoncés , le pied du cheval est délié et posé à terre. Mon grand père se relevait , soufflait, et repartait au feu pour un autre sabot.
Au pied de la tour-cage où j'habitais à Rennes, je me faisais des films avec mon copain de jeu dans les herbes hautes que j'imaginais être la savane puisque les tiges m'arrivaient à la taille. Je devais faire un mètre. Le temps me semble encore long quand je me souviens de ces moments épiques où l'on fuyait les animaux imaginaires dangereux. Je me souviens jusque dans mon corps que j'étais profondément libre et vivante, heureuse de courir , de "jouer" comme je voulais, avec le soleil couchant qui réchauffait mon corps, la conscience & la joie de créer librement en jouant mon histoire dehors à deux pas de la prison des Hommes Jacques Cartier.
#Dedans ...#dehors
Souvenir d'hiver par une soirée fraîche et pluvieuse, je montais avec ma cousine le bourg de St Hernin à vide, puis le descendions avec la responsabilité de ne pas faire tomber le pot de lait entier tiède que nous voyions quelques minutes avant sortir du pis des vaches. Elles étaient cinq au plus dans une étable en bois noirci. L'odeur du fumier mélangé à celle de l'urine et du lait tout frais "parfumait" chaque centimètre carré ou restait . Cette chaude étable de 20m2 m'étonnait à mon jeune âge : qu'importe l'endroit de mes inspirations, peu importe la direction où je respirais dans cette cabane, je ne parvenais pas à trouver une odeur neutre qui ne me piquait pas le nez.
Enfance sensationnelle dans des paysages vivants...
Tous ces souvenirs et rites saisonniers de mon enfance marquent des alternances temporelles et sensitives. Ces souvenirs laissent des empreintes dans nos cellules, comme dans notre ADN. Les études en psychogénéalogie et épigénétiques démontrent bien la trace des souvenirs agréables qui nous donnent confiance dans la vie et des traumatismes vécus par nous, y compris ceux de nos aïeux sur plusieurs générations.
Passée par la ville, alternant avec la campagne ou au bord de l'océan, ca laisse des "traces sensationnelles" au sens éthymologique du mot. J'ai appris à me connaître physiquement, découvrir mes limites, tester mon endurance à pratiquer du vélo, la marche, une aptitude à observer le spectacle de la Nature, à la rêverie quand on roulait 2 h vers le finistère, avec peu d'ennui parce que j'avais des copines et des jeux extérieurs dans chaque coin de la résidence et de l'énergie.
Sensations corporelles visuelles, auditives, kinestésiques, olfactives, gustatives, de thermoception, de proprioception, de nociception, l'intéroception sont vivifiantes juste
en regardant la Nature
en écoutant la Nature
en la ressentant sur terre dure, molle, boue, poussière, argile molle et douce dans mes mains
au contact de l'eau, la ressentant sous sa forme gazeuse, neigeuse, glacée, brumeuse, tempêtueuse
en goûtant la Nature, la buvant, la mangeant, la vomissant, l'expulsant de mon corps,
le corps qui se détend, étourdi, qui se contracte, malade, lourd, fatigué, douloureux
Avoir chaud / avoir froid.
Etre sécure ici /avoir peur là.
Parfum de rose / odeur de cadavre.
légèreté de vivre / anxiété
Corps lourds / énergies
Travail / loisir
Vie / mort
Au pays des émotions
Enfant, je ne fais pas dans le détail et ressens les évènements de la vie sociale de façon brute. J'ai conscience que mon corps est vivant, qu'il grandit, change et se transforme immuablement. Qu'il vit et qu'il va un jour mourrir. Je pense que je suis une enfant et pas du tout concernée.
A St Hernin, on va souvent saluer nos morts au cimetière. C'est un très beau jardin. A la toussaint, il pouvait faire très froid, mais les fleurs de chrysanthèmes illuminaient le granit. J'ai fait connaissance avec la mort très tôt en perdant des proches, voisins et clients du café de St Hernin, amis des grands parents, des animaux de compagnie, ou en découvrant des cadavres d'insectes ou de bêtes plus grosses dans la Nature. Là, je rentre dans les émotions. Nous sommes des êtres capteurs extérieurs et intérieurs intégrés qui nous signalent la légèreté d'être ou le danger à vivre une situation, à ressentir la tristesse d'un proche. Des éponges. Découverte de l'empathie. La découverte de la mort enfant ne me rend pas triste, je sens que la vie continue autrement. En mûrissant, j'apprendrai le chagrin et la tristesse.
Galilée avait dit en son temps que "la nature écrit en langage mathématiques"...
A l'école des bonnes soeurs, pas de spiritualité, de la fermeté. Enfermée, assise, au milieu d'enfants odorants, dans une salle fermée mal aérée, un programme indigeste à avaler, des méthodes illogiques sont données par une vieille fille acariâtre qui ne font aucun sens pour moi en mathématiques notamment. Pédagogie hors sol, je passe à côté d'apprentissages qui me rendent lente et hermétique à certaines fonctions que je possède pourtant, mais l'outil et les enseignants sont inaptes. Quelle perte de temps et de découragement, de confiance à être mal notée, dénigrée, étiquetée, malgré ma bonne volonté dans ce système éducatif absurde qui rend malade ses enseignants. Si seulement j'avais eu école dehors...
La Nature est dotée d'outils géniaux pour intégrer des notions de base en francais, physique, maths... Plantes, arbres, sol, éléments, contiennent toutes les matières /matériaux physiques, pour comprendre notre monde.
L'élaboration de notre vie future part de la prime enfance. Avec l'attention bienveillante d'adultes responsabilisants, de cadres sécurisants comme une forêt ou un jardin pour apprendre le monde et le préserver, faire société avec le groupe d'enfants et d'enseignants, nous aurions des jeunes curieux, en santé et équilibrés à être dehors, confiants dans l'avenir.
Nous allons donner l'inspiration aux enseignants passeurs de Nature conquis par des apprentissages originaux dans cette interface pratique et ludique qu'est la Nature qui ne juge pas. Regarder la Nature, observer son monde intérieur et les émotions qui passent, ressentir son corps vivant, garder l'empreinte du moment présent longtemps dans ses cellules pour aider le nouvel humain à éclore et préserver notre beau monde.

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